Rabattre (verbe)


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

(Il se conjugue comme BATTRE.) Rabaisser, faire descendre. "Rabattre" "ses cheveux sur son front. Le vent rabat la fumée. La fumée se rabat. Un col de chemise qui se rabat sur les épaules."
"Rabattre les plis d'une robe," Les aplatir.
"Couture rabattue," Celle sur laquelle on a rabattu le bord de, l'étoffe.
"Col rabattu," Col qui se replie et se rabat sur lui-même. "Des cols droits et des cols rabattus."
En termes d'Escrime, "Rabattre un coup," Le détourner, le rompre en rabaissant le fer de son ennemi. "On lui porta un coup d'épée, et il le rabattit."
En termes de Labourage, "Rabattre les avoines," Faire passer le rouleau sur les avoines déjà levées, pour aplanir la terre.
"Rabattre les ornières, les sillons," Les remplir de la terre qui s'est élevée au bord.
"Rabattre un arbre," Le couper de manière qu'il ne soit plus aussi élevé. On dit de même : "Rabattre une branche," La couper afin que la partie conservée produise un rameau plus vigoureux.
RABATTRE s'emploie figurément et signifie Abaisser, réprimer. "Rabattre l'orgueil, la hauteur," "le ton, la fierté de quelqu'un."
Fam., "Rabattre le caquet de quelqu'un, à quelqu'un, Le faire taire."
RABATTRE signifie aussi Diminuer, retrancher de la valeur d'une chose, du prix qu'on en demande. "Il faut beaucoup du prix que vous demandez. Un marchand qui vend sa marchandise sans en rien . Il n'en rabattrait pas un sou." Fig., "Rabattre de l'estime qu'on avait pour quelqu'un. Il y a beaucoup à de ce qu'il dit. Il faut en de moitié."
"Il n'en veut rien " se dit d'un Homme qui, dans une affaire, ne veut rien diminuer de ses prétentions.
Fig. et fam., "J'en rabats beaucoup," se dit en parlant d'une Personne qui a donné lieu de l'estimer moins qu'on ne faisait auparavant.
Fig. et fam., "Il faut bien en ," Il faut bien revenir sur ce que l'on pensait, sur ce qu'on avait espéré, sur ce que quelqu'un a dit.
"Tout compté, tout rabattu" ou "Tout bien compté et rabattu," Tout bien examiné.
En termes de Procédure, "Rabattre un défaut," se dit lorsque, à l'audience, le juge révoque le défaut qu'il avait donné contre une des parties, faute par elle d'avoir comparu.
RABATTRE signifie encore Ramener vivement vers un endroit. "Le général rabattit l'ennemi sur ses positions. L'armée ennemie se rabattit sur telle place. Les perdrix se sont rabattues dans cette pièce de blé."
En termes de Chasse, "Rabattre le gibier," Battre la campagne pour pousser le gibier vers des filets ou des panneaux tendus, ou vers la ligne des chasseurs. "Il s'est fait le gibier. On lui a rabattu le gibier."
RABATTRE est aussi intransitif, et alors il signifie Quitter un chemin et se détourner tout d'un coup pour passer dans un autre. "Quand vous serez en tel lieu, vous z à main droite. Il faut par tel endroit."
SE RABATTRE se dit aussi au figuré, de Celui qui, après avoir parlé de quelque matière, change tout d'un coup de propos. "Après avoir parlé quelque temps de choses indifférentes, Il se rabattit sur la politique."
Il signifie encore Se borner, se restreindre. "Après avoir exigé telles et telles conditions, il se rabattit à demander simplement que..."



Dictionnaire d'Emile Littré

Verbe 



 1   Mettre plus bas, faire descendre. Le vent rabat la fumée. Rabattre le collet de son habit.
GENLIS: « Je mis un chapeau dont je rabattis le voile »
DE CANDOLLE: « On sait que quelques fleurs radiées rabattent pendant la nuit leurs fleurons extérieurs »

 2   Terme d'escrime. Rabattre un coup, le parer en rabaissant le fer de son ennemi.
    Fig. Rabattre les coups, adoucir, apaiser des gens qui se querellent. Ils se disputaient avec violence ; je fis tout ce que je pus pour les coups.
    Rabattre les coups, se dit aussi des bons offices que l'on rend auprès d'un homme puissant en faveur de quelqu'un contre qui il était prévenu. Le préfet était indisposé contre vous, mais votre ami a rabattu les coups.
    Enfin, les coups signifie préserver de périls, de mauvaises affaires.
CORN.: « Et, s'il s'obstine à suivre un injuste courroux, Nous saurons, ma princesse, en les coups »
BUSSY: « Le parlement d'Angleterre nous hait fort ; mais le roi rabat les coups »
TH. CORN.: « Et quel charme assez fort, apaisant leur courroux, A détourné l'orage et rabattu les coups ? »

 3   Aplatir. Rabattre les plis.
    Rabattre une couture, faire un léger rempli à un des côtés de l'étoffe restée au-dessus de la couture, par exemple le côté droit, le plier à plat sur le côté gauche, et l'assujettir par un point d'ourlet de manière que la coupure de l'étoffe ne se voie ni ne se défile.
    Populairement et fig. Rabattre les coutures à quelqu'un, le frapper sur le dos ou sur les épaules, et, en général, sur les parties du corps recouvertes d'un vêtement.
    Terme de labourage. Rabattre les avoines, faire passer un rouleau dessus, lorsqu'elles sont déjà levées.
    Rabattre les ornières, les sillons, y rejeter la terre qui est sur le bord et les remplir

 4   Terme de jardinage. Rabattre un arbre, le couper jusqu'à la naissance des branches ; le but de cette opération est de le rajeunir en le forçant à pousser de nouvelles branches. Rabattre une branche, la raccourcir.

 5   Dégrossir le marbre avec le rabot.
    Couper en biseau la sertissure d'un bouton.
    Abaisser les côtes trop marquées d'une pièce d'orfévrerie.
    Former la tête d'un clou.
    Terme de serrurerie. Synonyme de parer.
    Effacer à petits coups les inégalités que le marteau a laissées sur une pièce de serrurerie.
    Se dit de l'action du maréchal qui frappe sur le fer rouge qu'il forge.
    Rabattre en premier, se dit lorsqu'il y a trois frappeurs à l'enclume. Rabattre en second, se dit lorsqu'il y en a quatre. Rabattre court, frapper le plus promptement possible après le premier frappeur.
    Terme de tonnelier. Rabattre un fût, en resserrer les ais.

 6   Terme de manége. Rabattre les courbettes, forcer un cheval qui travaille à courbettes, de poser à terre, en un seul et même temps, les deux pieds à la fois.
    Absolument. Ce cheval rabat bien, il rabat bien ses courbettes.
    Terme de manége. Le cavalier rabat l'impétuosité d'un cheval, lorsqu'il parvient à le subjuguer.

 7   Terme de chasse. Rabattre le gibier, battre la campagne pour forcer le gibier à aller à l'endroit où sont les chasseurs.
    Absolument.
COLLIN D'HARLEV.: « On ne me vit jamais prodigue de louanges ; Mais ils ont rabattu comme de petits anges »

 8   Terme de jeu de quilles. Abattre des quilles du lieu où s'est arrêtée la boule qui, lancée du but, a abattu des quilles
    À la longue paume, , renvoyer la balle à la partie adverse, le plus près de terre qu'il est possible.

 9   Terme de palais. Le juge rabat un défaut quand, à l'audience, il révoque le défaut qu'il avait donné contre une des parties, faute par elle d'avoir comparu.

 10   Fig. Mettre au-dessous.
BERN. DE ST-P.: « Quelques philosophes, entre autres Descartes et Malebranche, ont voulu la puissance animale au-dessous de la végétale »
    Réprimer, humilier, rabaisser.
CORN.: « Je saurai bien une humeur si hautaine »
PASC.: « Le pyrrhonisme est le remède à ce mal [les opinions des philosophes], et rabattra cette vanité »
BOSSUET: « Puisque l'arrogance, compagne ordinaire d'une condition si éminente, est si fortement rabattue par ce spectacle [la mutation des empires] »
BOURDAL.: « Une parabole qui les regarde et qui devrait leur confiance »
BOURDAL.: « Ce qui rabattrait les idées favorables que nous avons conçues de nos avantages et de nos perfections »
VOLT.: « Il n'est pas mal de un peu l'orgueil des Anglais, qui se croient souverains du théâtre comme des mers, et qui mettent sans façon Shakespeare au-dessus de Corneille »
STAËL: « Je détestais cet art de tous les élans, et de désenchanter tous les amours »
    Familièrement. Rabattre le caquet, Voy. RABAISSER.
REGNARD: « ....Savez-vous, monsieur du lansquenet, Que j'ai de quoi ici votre caquet ? »

 11   Faire quelque réduction sur le prix d'une chose qu'on veut vendre. Il n'en rabattrait pas un sou.
    Faire quelque réduction sur le prix d'une chose qu'on veut acheter ou qu'on paye. Il rabattit tant sur la facture.
    Absolument.
CONDIL.: « Ceux qui voudront acheter tâcheront de sur tous ces profits ; et ils rabattront avec d'autant plus de facilité, que les marchands, en plus grand nombre, seront plus pressés de vendre »
    Offrir moins que le marchand ne veut vendre.
DANCOURT: « Nous avons affaire de lui ; ne lui rabattez rien »
SC.: « Surène »
    Absolument.
DANCOURT: « C'est que nous ne sommes pas convenus du prix, vous surfaites, et nous rabattons »
    Diminuer un impôt, une charge.
DANCOURT: « Il nous a rabattu vingt écus de taille »
    Il se dit aussi d'une retenue qu'on fait.
MOL.: « S'il se casse quelque chose, je m'en prendrai à vous, et le rabattrai sur vos gages »
    Fig.
MOL.: « Un petit baiser seulement, en rabattant sur notre mariage »
    Fig. Rabattre une chose à sa juste valeur, la réduire à ce qu'elle vaut effectivement.
MIRABEAU: « Quand on ne reçoit pas sur parole des maximes gigantesques, on rabat à leur juste valeur tous les lieux communs dont on étourdit notre enfance »
    Ne rien , ne rien diminuer, amoindrir.
SÉV.: « Vous la voulez sentir à longs traits [la douleur d'une mort], sans en rien , sans aucune distraction »
SÉV.: « Je suis tout à vous, sans qu'il y ait à ce compliment aucune chose à »
SÉV.: « Toute cette jeunesse a fait le carnaval sans en rien »
BOSSUET: « Il fut sensible à Luther de voir non plus des particuliers, mais des Églises entières se soulever contre lui ; mais il n'en rabattit rien de sa fierté »
    Il n'y a rien à , il faut prendre la chose telle qu'elle est.
SÉV.: « Que s'il y avait la moindre chose à faire, il ne penserait pas à quitter, et l'on voit qu'il dit vrai ; il n'y a rien à »
    N'en vouloir rien , ne vouloir rien diminuer de ses prétentions.
MARIVAUX: « C'est un homme de condition qui m'est prédit pour époux, et je n'en rabattrai rien »
    J'en rabats beaucoup, se dit d'une personne qu'on vient à estimer moins qu'on ne faisait auparavant.
D'ALEMB.: « Je ne doute point qu'ils ne disent alors comme cet ami de la Brinvilliers à qui on apprenait qu'elle avait empoisonné son père : si cela est, j'en rabats beaucoup »
    On a dit dans le même sens : j'en rabats la moitié, j'en rabats de moitié.
    J'en rabats quinze, j'ai perdu beaucoup de l'estime que j'avais pour lui.

 12   Diminuer un nombre quelconque.
SÉV.: « Elle le répéta vingt fois [qu'il y avait eu douze cents volailles servies à une noce], et n'en voulut jamais un seul poulet »
SÉV.: « Votre monsieur d'Aix a une abbaye de six mille livres de rente.... il vous dira qu'elle en vaut douze ; rabattez la moitié »
    Retrancher.
LA BRUY.: « Basilide met tout d'un coup sur pied une armée de trois cent mille hommes, il n'en rabattrait pas une seule brigade »
MASS.: « Pour n'avoir rien voulu de nos profusions »
MASS.: « Il sait bien que le Seigneur a son poids et sa mesure, et qu'il n'appartient pas à l'homme d'en »
    Fig.
FONTEN.: « De ces sortes de louanges-là on en rabat quelque chose, pour les réduire à une mesure un peu plus raisonnable ; mais à la vérité on n'en rabat guère, et on se fait à soi-même une bonne composition »
DUCLOS: « J'ai su par moi-même ce qu'il y avait à des relations faites par des gens déterminés à l'admiration avant que d'avoir vu »

 13   Terme de teinturier. Corriger une couleur trop vive. ....[Pour les couleurs d'olives] étant passés en couleur de vert, seront rabattus avec suie de cheminée ; et, selon l'oeil qu'il leur faut, le teinturier leur donnera le rabat, Règlement sur les manuf. août 1669, Teinturiers en laine, art. 27.
    Terme de tanneur. Mettre les peaux dans un plain-mort, de huit en huit jours pour les ramollir.

 14   V. n. Rabattre de, ne pas conserver à un même degré.
CORN.: « De moment en moment, son âme plus humaine Abaisse sa colère et rabat de sa haine »
ROLLIN: « Les Athéniens, depuis la perte des deux batailles de Délie et d'Amphipolis, avaient beaucoup rabattu de leur fierté »
MASS.: « Nous les exhortons.... à de leur austérité »
LESAGE: « La très fidèle duègne, qui me reprocha malicieusement que j'avais bien rabattu de ma diligence »
VOLT.: « Si elles savaient avec quelle impudence l'auteur a menti, elles rabattraient de leurs louanges »
DUCLOS: « Un vieux prêtre me trouvait déjà tant d'esprit.... qu'il prétendait que je serais un jour docteur de Sorbonne ; il aurait depuis bien rabattu de ses espérances »
    Rabattre de l'estime qu'on avait pour quelqu'un, ne plus l'estimer autant.
GRESSET: « Oh ! quand on est fripon, je rabats de l'estime »
    Il en faut , on ne peut plus conserver les mêmes prétentions.
J. J. ROUSS.: « Il en fallut , et dès lors, adieu la tranquillité »

 15   Se détourner tout d'un coup de son chemin pour en prendre un autre. Vous z à main droite.
    Fig.
REGNARD: « En ce cas je pourrais sur la veuve, La comtesse sa soeur »

 16   Se , v. réfl. Être rabattu. Les nuages chargés de pluie se rabattent. Le col de cet habit se rabat sur les épaules.

 17   Se détourner tout d'un coup d'un chemin pour passer dans un autre. L'armée, après divers mouvements, se rabattit sur la ville.
BUFF.: « Dans l'hiver elles se rabattent sur les rivières et les fontaines chaudes ; elles y vivent de cresson et de cerfeuil sauvage »
MORELLET: « En me rabattant ensuite sur ma gauche, je me rendis à Bowood »
    Fig.
FONTEN.: « Nous laissons courir après les chimères de la philosophie les gens qui ne les connaissent pas, et nous nous rabattons sur ce qu'il y a de réel »

 18   Fig. Changer tout à coup de propos dans la conversation. Il se rabattit sur les nouvelles du jour.
SAINT-SIMON: « Pour me au sujet dont il s'agit, il suffira de savoir qu'aux entrées, il y a eu souvent des disputes entre les duchesses et les princesses étrangères pour la préséance »

 19   Se borner, se restreindre.
MASS.: « On se rabat à un genre de vie plus à portée des sens »
ROLLIN: « Il se rabattit à demander qu'au moins il eût le commandement... »
BUFF.: « Lorsque les levrauts lui manquent [au renard], il se rabat sur les rats »

 20   Terme de chasse. Un limier se rabat lorsqu'il donne quelque connaissance à celui qui le mène (Almanach du chasseur).

REMARQUE
    Il ne faut pas confondre et rebattre. Rebattre, c'est répéter souvent.

HISTORIQUE
    XIIIème siècle
     Liv. des mét. 18: Se il sont au marchié en tele maniere que on rabatist un denier, ou plus ou mains....
BEAUMAN.: « Se li sergans requiert à son segneur qu'il rabate de ses rechoites [recettes] aucuns paiements ou aucunes depenses »
    XIVème siècle
     Ménagier, 1, 9: Toutes autres choses reffusées et rabattues
DU CANGE: « Donnons en mandement à nos amez et feaux les gens tenans nostre parlement, qu'il facent [biffer] de nos registres le ban.... »
CAFFIAUX: « Au Liegeois pour aller.... quatre sols le jour et ses frais, rabatut ce que on rent à.... »
     le Bastart de Bullion, V. 3990, dans Hist. litt. t. XXV, p. 607: Vous contés sans rabatre, si ait m'ame pardon
    XVème siècle
AL. CHART.: « Tel compte haut qui après en rabat »
O. DE LA MARCHE: « Portoit chascun d'eux une espée rabatue en sa main ; lesquelles espées furent presentées aux juges, pour sçavoir si elles estoyent rabatues et coupées en pointe comme il appartenoit »
    XVIème siècle
MONT.: « Vous avez beau vivre, vous n'en z rien du temps que vous avez à estre mort »
MONT.: « À Athenes on apprenoit à bien dire, et icy [à Sparte] à bien faire ; là.... à l'imposture des mots captieusement entrelacez, icy.... à d'un grand courage les menaces de la fortune et de la mort »
AMYOT: « Et lors mesme que l'espée est desgainée sur luy, il rabat le coup d'un seul regard de ses yeulx »
AMYOT: « Le recouvrement de ces deniers leur fut fort dur, tant pour la briefveté du temps qui leur fut prefix, que pource qu'il ne fut jamais possible d'en rien »
PARÉ: « Une espée rabbattue, au bout de laquelle y avoit un bouton rond et plat »
AM. JAMYN: « Tout le matin se passe à une beste ; Puis au diner se fait le rapport de la queste »
CHARLES IX: « La principale chose que doit apprendre un chien pour bien se , c'est de ne laisser passer ny coulées faux-fuyantes ny nulles sentes sans y mettre le nez »

ÉTYMOLOGIE
    Re..., et abattre ; wallon, rabatt


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


(Il se conjugue comme "Battre.") Rabaisser, faire descendre. "Rabattre ses cheveux sur son front. Le vent rabat la fumée." On le joint quelquefois au pronom personnel. "La fumée se rabat. Un col de chemise qui se rabat" (qui retombe) "sur les épaules."
En termes d'Escrime, "Rabattre un coup," Le détourner, le rompre en rabaissant le fer de son ennemi. "On lui porta un coup d'épée, et il le rabattit."
Fig. et fam., "Rabattre les coups," Adoucir, apaiser des gens aigris les uns contre les autres. "Il entra comme ils se querellaient, et il rabattit bien des coups." Cela se dit aussi en parlant Des bons offices qu'on rend auprès d'un homme puissant, à quelqu'un contre qui il était prévenu. "Le ministre était fort irrité contre lui, et on a bien eu de la peine à les coups."
"Rabattre les plis, les coutures d'un habit, d'une robe," Les aplatir.
En termes de Labourage, "Rabattre les avoines," Faire passer un rouleau sur les avoines déjà levées, pour aplanir la terre.
"Rabattre les ornières, les sillons," Les remplir de la terre qui s'est élevée au bord.
"Rabattre un arbre," Le couper de manière qu'il ne soit plus aussi élevé. On dit de même, "Rabattre une branche," afin que la partie conservée produise un rameau plus vigoureux.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie figurément, et signifie, Abaisser, réprimer. "Rabattre l'orgueil, la hauteur, le ton, la fierté de quelqu'un. Il lui a bien rabattu son caquet." Ce dernier exemple est familier.



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Diminuer, retrancher de la valeur d'une chose, et du prix qu'on en demande. "Il faut beaucoup du prix que vous demandez. Combien en voulez-vous ? Un marchand qui vend sa marchandise sans en rien . Il n'en rabattrait pas un sou."
Il s'emploie au sens moral. "Rabattre de l'estime qu'on avait pour quelqu'un. Il y a beaucoup à de ce qu'il dit. J'en rabats moitié. J'en rabats de moitié. J'en rabats la moitié."
"Il n'en veut rien ," se dit D'un homme qui, dans une affaire, ne veut rien diminuer de ses prétentions.
Fam., "J'en rabats beaucoup," se dit en parlant D'une personne qui a donné lieu de l'estimer moins qu'on ne faisait auparavant.
En termes de Palais, "Rabattre un défaut," se dit Lorsque à l'audience le juge révoque le défaut qu'il avait donné contre une des parties, faute par elle d'avoir comparu. "Il se présenta à l'audience, et fit le défaut qui avait été obtenu contre lui."
En termes de Manége, "Rabattre les courbettes," se dit Lorsqu'on force un cheval qui travaille à courbettes, de poser à terre, en un seul et même temps, les deux pieds de derrière. "Un cheval qui rabat bien ses courbettes."
En termes de Chasse, "Rabattre le gibier," Battre la campagne, pour rassembler le gibier dans l'endroit où sont les chasseurs. "Il s'est fait le gibier. On lui a rabattu le gibier."



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



est aussi neutre, et alors il signifie, Quitter un chemin, et se détourner tout d'un coup pour passer dans un autre. "Quand vous serez en tel lieu, vous z à main droite. Il faut par tel endroit."
Il s'emploie, dans le même sens, avec le pronom personnel. "Les perdrix se sont rabattues dans cette pièce de blé," Elles s'y sont remises, retirées. "L'armée, après divers mouvements, se rabattit sur telle place," Elle quitta tout d'un coup la route qu'elle tenait, pour se porter au siége de cette place.
Il se dit aussi, au sens moral, De celui qui, après avoir parlé de quelque matière, change tout d'un coup de propos. "Après avoir parlé quelque temps de choses indifférentes, il se rabattit sur la politique."
Il signifie encore, Se borner, se restreindre. "Après avoir exigé telles et telles conditions, il se rabattit à demander simplement que"...



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)


ou RABATRE, v. act. 1°. Rabaisser, faire descendre: le vent "rabat la" fumée. Son emploi n'est pas fort étendu dans ce sens.
- 2°. Diminuer du prix. 'Ce Marchand ne veut "rien rabatre du" prix qu'il demande: il "n'en rabatrait" pas "un" sou. = "Figurément:" 'Il ne veut "rien rabatre de" ses prétentions.
- 3°. "Rabatre un coup", le détourner, le rompre en le parant.
- Fig. "rabatre les coups", apaiser, adoucir des gens aigris les uns contre les aûtres.
- 4°. En parlant des plis et des coutûres, les aplatir.
- 5°. Dans le style figuré, rabaisser: '"Rabatre l'"orgueil, "la" fierté de quelqu'un; il "lui a" bien "rabatu son caquet": ce dernier est du style familier.
- 6°. "Neutre" ou "réciproque": se rendre en un lieu, par un endroit. 'Quand vous serez en tel lieu, vous "rabatrez par" un tel endroit, à main droite, "etc." 'Les perdrix "se rabatirent dans" une pièce de blé. = Avec la prép. "par", le neutre vaut mieux: avec la prép. "dans", on doit préférer le réciproque. * 'Il "rabatit dans" cette ville. "Charlev." Je crois que, il "se rabatit dans", aurait mieux valu. = On dit aussi, "se rabatre sur", au propre et au figuré":" 'L'Armée "se rabatit sur" cette place: 'Aprês avoir parlé de diverses chôses, il "se rabatit sur" la politique. 'Il "se rabatit" enfin "sur" les procédés, ne pouvant rien dire de solide sur le fond de l'afaire.
   On dit proverb. "Tout compté", "tout rabatu", tout bien examiné.




Emplacement dans le dictionnaire :

rabaisser
rabaisseur
raballe
rabat
rabat-joie
rabattage
rabattant
rabattement
rabatteur

rabattre les courbettes
rabattu
rabbi
rabbin
rabbinage
rabbinique
rabbinisme
rabbiniste
rabelaisien
rabes
rabêtir




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Paul ADAM (L'Enfant d'Austerlitz)

...et sa fillette suçant le nez d'un polichinelle. Autour d'un tonneau debout, en guise d'échoppe, il y eut dispute parce que la marchande qui criait, de là, les mérites de ses oranges ne voulut rien rabattre sur les dix sous du prix. Ailleurs, un hère, traînant la savate, et tout étique dans les plis sordides d'une trop ample polonaise, invitait à l'achat de numéros pour la loterie royale. Au bras d'un...


Citation n°2 de Henri MURGER (Scènes de la vie de bohème)

...et avait longtemps marchandé pour donner les trente-six francs réclamés par l'administration. Il avait marchandé aussi pour le service de l'église, et avec tant d'instance, qu'on avait fini par lui rabattre six francs. Au moment de mettre le cadavre dans la bière, l'infirmier enleva la serpillière de l'hôpital et demanda à un des amis du défunt qui se trouvait là de quoi payer le linceul. Le pauvre...


Citation n°3 de Eugène FROMENTIN (Un été dans le Sahara)

...le café de notre ami Djeridi, pour apprendre qu'El-Aghouat est au centre d'un pays de gazelles. C'est sur ce gibier, assez mesquin en comparaison de l'autre, que notre chasseur est obligé de se rabattre depuis son séjour ici, séjour qu'il a l'air de considérer comme un exil ou comme un emprisonnement. Mais, comme un vieux soldat qui, dans un temps d'escarmouches, se consolerait en racontant les...


Citation n°4 de Pierre LEROUX (De l'humanité, de son principe et de son avenir)

...la question serait bien changée ; car il ne s'agirait pas d'être heureux, mais de vivre de cette vie pour vivre ensuite d'une autre vie. Cet horizon immense vous répugne-t-il, et voulez-vous vous rabattre à la vie présente ? Vous aurez beau faire, vous retrouverez toujours au fond de vous-même cette nécessité de marcher et de vous avancer sans cesse de changement en changement. Le grand lyrique...


Citation n°5 de Germaine de STAËL (Corinne ou l'Italie)

...ce pays ; j'avais contre lui les préjugés que nous inspirent la fierté et la gravité anglaises. Je craignais les moqueries contre tous les cultes de la pensée et du coeur ; je détestais cet art de rabattre tous les élans et de désenchanter tous les amours. Le fonds de cette gaieté tant vantée me paraissait bien triste, puisqu'il frappait de mort mes sentimens les plus chers. Je ne connaissais pas...


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